lundi 10 juin 2013

Tongariro crossing : welcome into Mordor

Après quelques jours à Wellington, je décide que j'en ai vu assez. Il faut croire que j'ai perdu l'habitude des grandes villes, et je n'aspire qu'à retrouver mes chères montagnes. Ca tombe bien, quelques centaines de kilomètres au nord de la capitale se trouve le très fameux Tongariro National Park, ses sommets "mordoriens" et ses chemins de randonnées parmi les plus courus de l'île du nord, voire du pays. Ma prochaine destination est toute trouvée.

Le Tongariro Alpine Crossing est la randonnée journalière la plus prisée par les néo-zélandais sur leur territoire. Il faut dire que le cadre est assez singulier, et à l'opposé des montagnes arborées, tantôt verdoyantes, tantôt rougeoyantes de l'île du sud. Ici, c'est un paysage rocailleux, à la limite du désertique qui s'offre à mes yeux. C'est d'ailleurs par la bien nommée "Desert Road" que j'arrive dans la zone, au soleil couchant. L'impression est assez saisissante, roulant sur une route paraissant sans fin, au milieu d'une vaste plaine sans arbres. Les sommets les plus connus du parc Mount Ruapehu et Mount Ngauruhoe (qui est le Mount Doom / Montagne du Destin du Seigneur des Anneaux) se découpent sous fond de soleil couchant sur ma gauche. Je m'arrête pour profiter du spectacle, et regrette même de ne pas être arrivé plus tôt pour profiter une journée entière de ces lieux à l'ambiance si fascinante.


Après une courte nuit (un groupe de gars français -sic- ayant décidé de foutre un bordel monstre jusqu'à 2h du matin), je me lève avant l'aube. Comme annoncé, le temps va être magnifique (je vous rappelle que je me trouve en Nouvelle-Zélande, en hiver, pays et saison réputés pour être extrêmement pluvieux), mais je suis les recommandations locales en m'habillant très chaudement. On n'arrête pas de nous répéter que quelles que soient les conditions en plaine, tout peux changer très rapidement "là-haut". Dans le mini-bus qui va nous amener au départ de la randonnée, je retrouve un allemand (évidemment) et un jeune couple d'américains en voyage de noce. Sur le chemin, au milieu d'une des rares forêts du coin, une plaque de verglas traverse notre route et je ne peux que remercier notre chauffeur et ses excellents réflexes qui nous sauvent -véritablement- la vie et me permettent aujourd'hui de vous conter cette histoire.

Le soleil se lève tout juste, le sommet enneigé du Mount Ruapehu brille de mille feux. Le sol est gelé, les plantes bordant le sentier sont recouvertes de givre. Nous sommes en basse saison, mais il y a tout de même une bonne quinzaine de randonneurs se préparant à entamer le parcours. Je laisse un peu d'avance à la majeure partie d'entres-eux. J'ai le sentiment que pour profiter des lieux et de leur atmosphère, il vaut mieux être entouré du moins de monde possible.


Pour la première partie de la randonnée, je traverse clairement ce qui a servi de décors au Mordor. C'est assez incroyable de se dire que tout ceci est naturel. Sur ma droite, alors que les rayons du soleil pénètrent peu à peu dans la vallée, se dévoile à travers quelques nuages le Mount Doom, plus impressionnant et proche que jamais. Quelle ambiance !


L'ascension commence, au milieu de ces incroyables roches noires. Une heure plus tard, un panneau sur le bord du sentier nous indique/rappelle que nous allons traverser une zone volcanique active (le sentier était fermé en début d'année pour cause... d'éruption, oui oui), qu'il faut faire attention, et que si jamais un des volcans décide de se réveiller, nous sommes justement en plein dans les couloirs d'écoulement de lave/cendre/fumée et autres joyeusetés. J'ai de plus en plus l'impression d'être un pauvre petit hobbit traversant cet hostile Mordor... Heureusement, la vue qui s'offre à moi est exceptionnelle.



Le sentier monte encore d'un étage. Et comme on nous avait prévenu, nous nous retrouvons au milieu des nuages, et la température chute très sensiblement. Le sol est gelé, tout le monde poursuit l'ascension quasiment à 4 pattes. Nous sommes maintenant au point le plus haut de la randonnée, parfaitement coincés entre les deux volcans du coin.


Je redescends de l'autre côté et arrive en vue des Emerald Lakes. Les nuages décident de nous laisser tranquille à ce moment.


Mais pas le froid. Après une courte pause déjeuner avec l'allemand qui était dans ma navette, il est temps d'entamer la dernière partie du voyage. Malgré les multiples couches de vêtement que je porte (2 pantalons, 4 couches de divers habits thermiques en haut, gants, écharpe, bonnet), je me retrouve gelé en quelques minutes. Le vent qui souffle maintenant est littéralement glacial, et j'ai beau bouger mes doigts en continu, je commence déjà à ne plus les sentir. Après une bonne quinzaine de minutes dans ces conditions extrêmes, nous nous retrouvons enfin à l'abri des rafales, et au soleil. Il me faudra malgré tout une bonne demi-heure pour me réchauffer.


S'offrent maintenant à mes yeux les prochains kilomètres du sentier serpentant vers la vallée et la fin du parcours. La vue est encore une fois magnifique, mais les jambes vont souffrir avant de pouvoir enfin se reposer de cette exceptionnelle journée !